An Cailleach

Les Celtes savouraient le côté sombre de l’existence. Ils aimaient la guerre comme une maîtresse et ne craignaient pas la mort car leur croyance en la réincarnation leur enseignait que la mort n’était “…que le milieu d’une longue vie.” Il n’était pas inhabituel qu’un homme emprunte de l’argent et promette de le rembourser dans une vie future. Leurs journées commençaient au crépuscule, leur année débutait à Samhain. L’obscurité était associée aux nouveaux débuts, le potentiel de la graine sous terre. Dans la mythologie celtique, la sagesse des ténèbres est souvent exprimée à travers les personnages de puissantes déesses, dont le rôle est de catalyser le changement à travers le pouvoir transformateur de l’obscurité, de mener, à travers la mort, à une nouvelle vie.

Dans les mythologies écossaise et irlandaise, la Cailleach (an Cailleach [prononcé kal-y-euRh]) est une de ces déesses sombres de la nature, une sorcière divine, une créatrice et une divinité ancestrale, puisqu’on dit d’elle qu’elle est la mère de tous les dieux et déesses, la mère primordiale. Son nom signifie simplement ‘la vieille’ en gaélique moderne mais vient du vieil irlandais caillech qui signifie ‘la voilée’. Il est souvent associé au mot Bheur, qui signifie ‘acéré’ ou ‘strident, aigü’, car elle personnifie la rudesse de l’hiver septentrional. La Cailleach est en effet une représentation de l’hiver : elle mène les cerfs et son bâton gèle le sol.

Souvent décrite comme une géante hideuse qui saute de sommet en sommet, on lui attribue la création de nombreuses montagnes et collines, qui furent formées, dit-on, quand elle fit tomber des rochers de son tablier tandis qu’elle traversait le pays. Dans d’autres cas, on dit qu’elle a bâti les montagnes volontairement pour s’en servir de marche-pied. Elle a un visage bleu-noir, luisant comme du charbon, et un oeil unique au centre de son front, caractéristique des êtres surnaturels qui peuvent voir au-delà du monde des contraires. Ses dents sont rouges et sa chevelure est faite de broussailles emmêlées couvertes de givre. Elle porte des vêtements gris et un grand plaid couleur de terre entoure ses épaules. Lorsque les tempêtes d’hiver font rage, les gens disent que la Cailleach secoue son plaid. Dans la main droite, elle tient un bâton avec lequel elle frappe le sol pour le geler, ou un marteau qui lui sert à façonner les montagnes.

A Samhain, Brighid retire son manteau vert de la terre. C’est maintenant sous terre que la vie se cache : les graines attendent le retour de la lumière, les arbres ne vivent que grâce à leurs racines, les animaux, petits ou grands, hibernent. La Cailleach supervise cette transformation. Elle est la déesse de la mort, qui laisse mourir ce qui est obsolète, et qui trouve dans les débris de l’année les graines de la nouvelle saison. Elle est la gardienne de la graine, de l’essence même de la vie. A la fin de l’hiver (selon le climat local : entre Là Fhèill Brìghde (1er février) et Bealltainn (1er mai)), la Cailleach se rend dans les bois où se trouve le puits de jeunesse. A l’aube, elle boit l’eau qui jaillit d’une crevasse dans le rocher et se transforme en Brighid, la jeune déesse qui rend la terre verte à nouveau. Dans d’autres récits folkloriques, la Cailleach se transforme en rocher pour céder la place à Brighid.

Dans les mythes et légendes celtiques, la vieille femme hideuse est souvent une représentation de la Souveraineté. L’esprit de la terre est le dépositaire du pouvoir souverain, et on ne pouvait devenir roi que par le mariage symbolique avec l’esprit de la terre. Il est clair que la Cailleach est la terre, vêtue de neige en hiver, avec du lichen qui pousse sur son corps. Elle symbolise aussi le pouvoir du temps, et sa capacité à donner forme au paysage est une explication mythologique d’un processus qui prend des millions d’années.

A propos Caitlín Urksa nic Mhorrigan

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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