Réflexions à l’approche d’Imbolc

La lune noire du jeudi 3 février aura lieu en verseau, juste avant le mi-point d’Imbolc (le lendemain). Je prévois donc une série de rituels entre mercredi et samedi : Imbolc, bien sûr, avec les filles du coven, mais aussi cette lune noire qui tombe à quelques degrés de mon ascendant. Oserais-je dire que je ressens déjà une certaine pression, alors que nous ne sommes pas encore au dernier quartier ? En fait, comme chaque fois, le passage des astres dans le signe du verseau me chamboule, me bouscule et me pousse en avant. Sauf que là, ce sera ma première « phase verseau » depuis que j’ai décidé de me consacrer à la Morrigan…

On a l’habitude de voir la Morrigan sous son aspect de Vieille Femme, le net  fourmille de textes à ce sujet. Pourtant, depuis le début, je la ressens vraiment sous cet aspect de Vierge Sauvage, et c’est sous ce visage qu’elle m’apparaît les trois-quarts du temps lorsque je vais à sa rencontre (sans doute parce que cet aspect est plus proche de mon caractère, je ne suis pas dupe, mais il n’empêche que lors de mes méditations, elle n’apparaît que très rarement avec un autre visage). En même temps, ma décision de me consacrer à elle est en partie née du besoin de faire la paix avec mon côté rebelle (Verseau donc), de cette nécessité de l’intégrer positivement pour que ma rébellion ne reste pas un non-dit invivable (le même non-dit qui m’a poussée dans une dépression assez profonde vis à vis du carcan professionnel). Depuis ma décision, et à plus forte raison depuis Samhain, je puise dans ma dévotion envers la Morrigan une force qui me permet de supporter ce métier contraignant : l’image à donner, les programmes à suivre, la mise en place de réformes que je trouve toutes plus stupides les unes que les autres, pour la simple et bonne raison qu’elles ne visent, à mon avis, qu’à formater les ados pour en faire de bons citoyens qui ne poseront pas trop de questions, quitte à casser psychologiquement ceux qui ne rentrent pas dans le moule… (j’en connais une qui, en lisant ces mots, va hocher la tête en disant « ah bin ça… »)

Morrighan © Michelle Lee Phelan

Bref, au fil de mes « rencontres » avec la Dame, je trouve que cette force, cette flamme, correspondent bien davantage à l’archétype de la Vierge guerrière qu’à celui de la Vieille. Bien sûr, je sais que je n’en suis qu’au début du chemin à ses côtés, et je sais que ma toute première rencontre avec Elle, ce triste jour de juin 2007, était très étroitement lié à la mort. Mais à de rares exceptions près, Elle me montre depuis un tout autre visage. Je me souviens d’une discussion sur un forum éso il y a assez longtemps, où j’avais posté la représentation de la Morrigan par Michelle-Lee Phelan, et où toutes les personnes qui avaient répondu avaient écrit que pour elles, la Morrigan avait des cheveux noirs (couleur corbeau). Pourtant, depuis le début, c’est bien une chevelure rousse que je vois. Elle se présente la plupart du temps comme moi une femme jeune, vêtue de sombre et portant une sorte de cape faite de peaux grossièrement cousues. Ses cheveux sont parfois tressés à la va-vite, parfois lâchés et emmêlés, presque toujours parsemés de plumes de corbeau. Elle a bien souvent des peintures ou des tatouages sur le visage (les fameuses « peintures de guerre » des Pictes et des Celtes, probablement faites de guède*). Je perçois son parfum aussi, mélange subtil d’odeurs animales et de senteurs d’humus, pas forcément un parfum agréable pour un odorat moderne. Lorsqu’elle se déplace ou fait des gestes, c’est avec une certaine brusquerie, qui fait ressentir l’énergie qui bouillonne en Elle. Ses yeux, souvent d’un vert un peu jaune comme les yeux des chats, sont impressionnants : son regard est assez dur, vibrant de connaissance, c’est un regard qui sait tout, qui voit tout, dans ce monde et dans l’autre.

Certes, me direz-vous, ces perceptions ne sont que mon ressenti personnel. Je l’admets, mais malgré tout c’est bien davantage à la Dame de l’Autre Monde que je pensais lorsque j’ai pris la décision de me consacrer à Elle. Cette décision a fait suite à trois années difficiles, à faire mon deuil aux côtés de Celle qui m’a rendu visite au décès de Maman, qui m’a soutenue par sa sagesse tout au long de ce douloureux chemin vers l’acceptation, et qui m’a guidée aussi vers une autre acceptation, certes moindre, mais pas anodine étant donné les circonstances : le « passage » des 45 ans, fêtés en décembre dernier (autant les 40 ne m’ont rien fait, autant les 45 m’ont obligée à accepter le fait que ma carcasse ne peut plus faire un certain nombre de choses). Peut-être est-ce là qu’il faut chercher l’explication psychologique à cet archétype de Vierge Sauvage ? Ce visage qu’elle me montre depuis plus d’un an, c’est sans doute en partie le symbole de ce que je suis encore intérieurement, malgré mon âge. Je n’ai pas eu l’occasion, dans ma vie, de faire l’expérience de la Mère. Je n’en éprouve plus de regrets (d’abord parce que je sais que c’est le prix que j’ai eu à payer pour certaines erreurs de mon passé, ensuite parce que je me dis que les humains sont déjà bien assez nombreux sur notre pauvre petite Terre…), mais il est certain que le fait de ne pas avoir fait l’expérience de ce Mystère est un manque dans mon cheminement spirituel. D’un autre côté, n’ayant pas traversé la phase intermédiaire entre la Vierge et la Vieille, peut-être est-ce une occasion supplémentaire de voir à quel point tous les aspects de la Déesse sont interconnectés (car n’oublions pas que ce triple archétype de Vierge, Mère et Vieille n’est qu’un symbole : la Déesse est tous ces aspects en même temps, ils ne sont que des repères pour les humains mortels que nous sommes.) Ce que la Morrigan me montre, je pense, c’est qu’Elle a de multiples visages, et que ces visages archétypaux ne doivent pas nous faire oublier qu’avant tout, Elle est Déesse, Grande Reine, le principe féminin de l’Univers. Sombre, certes, mais comme je me plais à le dire, sans les ténèbres, il ne peut y avoir de lumière. La Morrigan est la lumière noire qui révèle des zones de notre être qui seraient invisibles en pleine clarté. Elle révèle la Vierge Sauvage qui est en chacune de nous, que nous soyons jeunes ou beaucoup moins, cette femme libre, intrépide, insoumise, prête à se battre pour que triomphe la sagesse, prête à détruire tout sur son passage pour revendiquer ses droits.

A l’approche d’Imbolc, et de la lune noire de février, Elle est la Maîtresse des brumes à travers lesquelles il nous faut passer pour atteindre la lumière du printemps. Dans les brumes, on est seul(e) au monde, enveloppé(e) dans un élément double, à la fois air et eau, intellect et émotion, réflexion et ressenti. Les brumes subliment nos sens subtils, nous permettent de voir, d’entendre, de sentir autrement. Dans les brumes, nos peurs et nos espoirs se mêlent, comme se mêlent l’ombre et la lumière. Les brumes sont initiatiques, on en ressort transformé(e), régénéré(e), révélé(e), comme vierge à nouveau, prêt(e) à découvrir et à conquérir le monde qui se trouve au-delà. 

Stop plagiat

* La guède est une plante bisannuelle de la famille des Brassicacées, cultivée autrefois pour la production d’une teinture bleue, le pastel. Son nom scientifique est Isatis tinctoria L. La guède porte de nombreux noms vernaculaires : pastel ou pastel des teinturiers, guède ou guesde, waide ou vouède (picard), herbe de saint Philippe, bleu de Picardie, herbe du Lauragais. Dans d’autres langues : woad (anglais), glastum (latin), Waid (allemand), guado (italien), guasto (espagnol). Jules César raconte dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules que les Brittons se peignaient le corps avec du vitrum ; on en a souvent déduit qu’ils se peignaient ou se tatouaient à l’aide de pastel. Les Pictes doivent probablement leur nom (du Latin Picti, désignant des personnes peintes ou peut-être tatouées) à leur coutume d’aller au combat nus, couverts seulement de peintures de guerre. Cependant, des recherches plus récentes ont jeté de sérieux doutes sur l’hypothèse selon laquelle le pastel serait la substance dont les Pictes se servaient pour leurs peintures corporelles. Il est probable que ces peintures bleu-vert aient été à base de cuivre.

A propos Caitlín Urksa nic Mhorrigan

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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3 commentaires pour Réflexions à l’approche d’Imbolc

  1. PASCALE dit :

    Comme j’ai pris plaisir à te lire ma chère soeur.
    Tes paroles ont trouvé une profonde résonnance dans mon âme . Je comprends maintenant mieux pourquoi cette peinture que tu as faite a eu tant d’impact sur moi.
    La 1ere fois que je l’ai vue j’ai immédiatement reconnu la Morrigan de mes songes. Naïvement j’étais loin de penser que d’ autres pouvait la voir autrement.
    Cheveux noirs ? certainement pas …en tout cas toujours avec une grande crinière rousse dans mes visions.
    Yeux vert de félin ? OUI mille fois oui !!!! Pour moi passant presque au gris lorsqu ‘elle est en colère…
    Et pour l’ odeur c’est cela aussi ..Du musc avec des odeurs de foret et de temps en temps cette odeur aigre et métallique du sang .

    J’ai eu pour ma part la joie d’être mère 5 fois et j’ai maintenant passé le cap des 50ans cet été …
    Pour moi Morrigan est grande et robuste ..féminine mais avec ce coté masculin qu’ont les guerrières Celtes.
    Elle m’apparaît vêtue de sombre avec une très grande épée et un bouclier en bronze à ses cotés .
    Plus toute jeune mais pas encore vieille Presque sans âge !!!!!.
    Est elle vierge ? Je ne le pense pas car elle jouit de mille plaisirs …
    Féroce, attentive, généreuse, à l’ écoute… Voila comment je la vois

    Merci pour ce beau partage et dorénavant lorsque je regarderai mon tableau de la Morrigan je saurai que je ne suis pas la seule à la voir ainsi

  2. Gwen dit :

    Bonjour,
    C’est mon premier commentaire sur ce blog que je visite pourtant souvent. Une chose m’a fait « bondir » dans ton (je me permets de te tutoyer… entre servantes de la Dame…) post. Tu dis « Je n’ai pas eu l’occasion, dans ma vie, de faire l’expérience de la Mère. « , je ne suis pas d’accord avec toi, l’expérience de la Mère ne se borne pas à avoir un enfant, d’ailleurs certaines ont des enfants sans être Mère pour autant, l’expérience de la Mère on la fait avec ce qui nous entoure avec tout ce qui lié à la création (et là-dessus, il me semble que tu as fait cette expérience, et que la fait souvent !!!) mais aussi avec tout ce dont nous pouvons prendre soin, aider à grandir. Nous incarnons la Mère face à nous-mêmes parfois, mais aussi envers nos compagnons de vie, nos animaux et même nos plantes. Si tu prêtes attention à ce que tu ressens en nourrissant un animal (l’acte de nourrir n’est-il pas un acte maternel ?), en arrosant une plante, en la taillant, la tutorant pour l’aider à grandir, cet amour-là, ce sentiment si doux, c’est cela l’expérience de la Mère. Tu n’as pas besoin d’avoir eu un enfant pour faire cette expérience-là et tu n’as pas besoin de faire le deuil de ce ressenti car je suis sûre que tu l’as déjà éprouvé, peut-être en mettant un autre nom là-dessus.
    Ceci dit, merci pour ton blog que je consulte toujours avec plaisir et pour tes créations qui nourrissent (tiens, encore ! voilà un aspect qui n’est pas négligeable, non plus) mon imaginaire.
    Que la Déesse te bénisse !
    Gwen

  3. Valiel dit :

    Ben bizarrement, mais aussi je l’ai toujours perçue comme une rousse (et je vois régulièrement des peintures bleues aussi). Je la vois également plus souvent jeune femme séduisante que Crone.

    Je sens que ton épreuve approche. Courage ça vaut la peine.

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