Le Cairn de Gavrinis

Gavrinis est une petite île située sur la commune de Larmor-Baden, dans le département du Morbihan. L’île de Gavrinis est située à dix minutes en bateau du port de Larmor-Baden, non loin de l’ouverture du Golfe du Morbihan sur la haute mer. C’est un rocher granitique de 750 m de long et 400 m de large, et le point culminant de l’île domine tous les environs.

Le nom de Gavrinis est parfois interprété comme dérivant du breton gavr, chèvre, et enez, île, qui signifierait l’île de la chêvre. Il s’agit en fait d’une étymologie populaire qui n’a rien à voir avec la réalité. L’île est en effet mentionnée dans des documents anciens sous le nom vieux-breton de Guirv Enes en 1184 et Guerg Enes en 1202. Guerg est un mot apparenté au gallois moyen gwery, actif, ainsi qu’aux mots germaniques de la famille de work, werk. Ce nom pourrait donc signifier l’île travaillée.

Le Cairn de Gavrinis est situé à l’extrémité sud de l’île. À l’époque de sa construction (vers 3500 ans avant Jésus-Christ), l’île était encore rattachée au continent. Il a un diamètre d’environ 50 mètres. Le cairn renferme un dolmen à chambre unique et à couloir long de 14 mètres dont les parois, composées de 29 dalles dont 23 sont ornées de gravures. Le couloir se termine par une chambre simple, presque carrée, de 2.5 mètres de côté, située au centre du cairn. Le dolmen est constitué par l’assemblage d’une cinquantaine de dalles brutes soigneusement juxtaposées. La plus importante, qui couvre la chambre, pèse près de 17 tonnes.

Ce joyau de l’art néolithique est considéré aujourd’hui par de nombreux archéologues comme l’un des plus beaux monuments mégalithiques au monde, par les gravures et le soin apporté à sa construction, relativement tardive dans le monde du mégalithisme. Son utilisation cessa en 3000 avant J.-C. : les structures en bois de la façade furent incendiées et recouvertes d’une masse de pierre qui condamna l’entrée. Une chape de sable fut même ajoutée pour transformer ce cairn monumental en monticule aveugle.

Les premières fouilles connues datent de 1835 avec le dégagement du dolmen intérieur. D’autres recherches furent menées par l’archéologue Zacharie Le Rouzic, qui réalisa les premiers travaux de restauration vers 1930. A partir de 1969, le ministère de la culture et le Conseil général du Morbihan ont entrepris des travaux de restauration et des fouilles qui ont profondément modifié la connaissance de ce monument. En 1984, les archéologues ont dégagé la face cachée des dalles, faisant apparaître plusieurs gravures. Certaines pierres semblent provenir de monuments plus anciens réutilisés, puisque les gravures qu’on trouve sur les parties cachées sont d’un style complètement différent de celui des faces apparentes. Le cas le plus flagrant est celui de la dalle recouvrant la chambre dont la face cachée était ornée d’un bovidé, des cornes d’un autre animal et d’un motif qu’on retrouve dans d’autre monuments de la région et dont la signification est controversée (On parle souvent de «hache-charrue» ou de représentation de cachalots). Elle se raccorde à deux autres pierres dont l’une forme une partie de la couverture de la Table des Marchand et l’autre la couverture du caveau d’Er Vinglé, à Locmariaquer, distants d’environ 4 kilomètres du site, à vol d’oiseau.  

La chambre à couloir de Gavrinis est d’un volume minime (moins de 25 m3) en comparaison avec le volume du cairn (plus de 4 000 m3), ce qui pose la question des rôles respectifs des deux structures. Malgré tout, la décoration de Gavrinis est sans équivalent en Armorique, et ne peut être comparée qu’aux grands monuments de la vallée de la Boyne en Irlande.

« Ce qui distingue le monument de Gavrinis de tous les dolmens que j’ai vus, c’est que presque toutes les pierres composant ses parois sont sculptées et couvertes de dessins bizarres. Ce sont des courbes, des lignes droites, brisées, tracées et combinées de cent manières différentes… Parmi une multitude de traits… on en distingue un petit nombre que leur régularité et leur disposition singulière pourraient faire ressembler à des caractères d’écriture… Il y a encore des chevrons, des zigzags et bien d’autres traits impossibles à décrire » Prosper Mérimée, Notes de voyage dans l’ouest de la France,1836

Le sentiment de malaise de Mérimée face aux gravures de Gavrinis, le visiteur d’aujourd’hui le ressent également, tant il est omniprésent et « étranger », difficile à décrypter au premier abord. 
Sur les 29 dalles formant les parois, 23 sont ornées. Sur ces 23 dalles gravées, 21 sont presque totalement recouvertes sur leur face visible. La « fureur ornementale » des bâtisseurs néolithiques est même allée jusqu’à tenter de sculpter la surface d’un pilier en quartz (n°11).

A l’entrée, les premiers montants du couloir ne sont pas décorés. Côté droit, le décor commence avec le troisième pilier, côté gauche, il ne débute qu’au quatrième montant (n°26), par des compositions relativement simples. Les panneaux « majeurs » se regroupent dans la partie centrale du couloir : 4, 8, 9, 10 côté droit, 20, 21, 24 côté gauche. Le décor de la chambre est moins recherché que celui du couloir, mais la pierre du sol au seuil de cette chambre est la seule à être décorée. 

Il semble y avoir une logique dans l’agencement du décor : pour le simple passant, le couloir ne montre rien de particulier, les dalles se perdant dans la pénombre. Les premiers décors, assez simples, devaient se laisser interpréter assez facilement par des visiteurs connaissant la mythologie néolithique. La partie antérieure du pilier n° 24, en saillie à mi-longueur du couloir, se laisse deviner depuis l’entrée : c’est une panoplie d’armes, qui monte symboliquement la garde. C’est à ce niveau que commencent les compositions complexes, dont l’interprétation requérait probablement un certain degré d’initiation. Enfin, pour entrer dans la chambre, il fallait enjamber un seuil au décor hautement significatif. Le décor de Gavrinis suggère un parcours initiatique, même si aucune preuve matérielle ne permet de l’affirmer avec certitude.   

Toutefois, ce décor se base sur des motifs relativement simples, que l’on retrouve dans les tombes à couloir « ordinaires » du 5e millénaire, et aux interprétations reconnues. 

L’écusson est le signe le plus courant. Sur la première dalle décorée de la paroi gauche (n°26), on reconnaît son « corps » arrondi au sommet, son « rostre » apical et ses « boucles » latérales. Simplement, le tracé est démultiplié, et le rostre se comporte comme le germe d’un second écusson, développant à son tour rostre et boucles.  

La hache (à droite) est présente sous deux formes : l’outil complet emmanché (à la base du n°8 et au dessus du n°6), mais surtout la lame isolée que l’on retrouve à plus d’une trentaine d’exemplaires sur six pierres différentes, la plus remarquable étant la dalle n°21 avec pas moins de 18 lames. 

La crosse apparaît de plusieurs manières à Gavrinis, mais toujours associée à l’écusson : sur le n°16, dans la chambre, c’est la « chevelure » d’une idole centrale qui, latéralement, se mue progressivement en une double série de crosses opposées ; sur le n°8, la crosse, bien dessinée, se superpose au contraire à la « chevelure » du signe principal.
 
Le corniforme reste discret dans la chambre de Gavrinis puisqu’on ne le reconnaît guère qu’à la base des dalles n°15 et 16, ainsi qu’en haut du n°17.

L’arc n’est connu que sur deux autres monuments, mais l’exemplaire de Gavrinis est le plus élaboré. Il occupe la partie antérieure du pilier n°24, associée à deux lignes parallèles (sans doute des flèches), à un bandeau orné de chevrons (un carquois ?) et à deux lames de haches.
Cette panoplie, discernable dans la pénombre depuis l’entrée du monument, peut s’interpréter comme un signal de mise en garde à l’encontre de toute intrusion.  
   
Drapés et serpentiformes. Des groupes de lignes ondulées ou brisées sont présentes sur plusieurs dalles (n°4 et 5 notamment), ainsi que sur d’autres monuments comme le Petit-Mont d’Arzon. Leur interprétation reste incertaine. Parfois cependant un renflement permet d’identifier une représentation de serpent. A la base du n°8, trois reptiles semblent ainsi figurés en position dressée, encadrés par des représentations de haches.

source principale pour la partie informative : iciici

Mes parents ayant toujours été des voyageurs, j’ai toujours, moi aussi, eu cette soif de découvrir d’autres lieux, d’autres cultures. J’avais eu un immense « coup de coeur » pendant mes années de fac, pour les cultures préhistoriques des terres celtes et, par voie de conséquence, je me passionnais pour le mégalithisme. J’ai donc découvert la Bretagne et ses mégalithes il y a une vingtaine d’années, à l’époque où, depuis peu en Angleterre, je commençais à peine à découvrir, caché au milieu des taillis et des broussailles, le début d’un chemin qui me mènerait, au fil des ans, sur la voie païenne. Cet été-là, avec mes parents, nous avons visité Carnac, bien sûr, mais bien d’autres sites, dont Gavrinis. Je dois avouer que ce site m’a profondément marquée, et que je garde un souvenir très net de mes ressentis, de mes pensées lors de cette visite. Etant un tantinet claustrophobe, j’appréhendais un peu l’entrée sous le tumulus, dans ce couloir sombre et étroit qui s’ouvrait devant moi.

Mais à l’instant où mes yeux se sont portés sur la première pierre gravée, l’appréhension s’est envolée, ne laissant place qu’à l’émerveillement et à cet état d’excitation intellectuelle que provoquent chez moi tous les mégalithes : il me faut savoir ! il me faut les explorer, les ressentir, faire corps avec eux ! J’ai un mal fou à me retenir de les toucher, de chercher du bout des doigts la vibration particulière de ces pierres millénaires, et j’avoue que j’ai la chance d’avoir pu toucher de la sorte un grand nombre de mégalithes, avant qu’ils ne soient mis à l’abri des hordes de touristes. Et si je devais classer, par ordre de « puissance » de cette vibration, les mégalithes que j’ai pu toucher, Gavrinis est dans les 3 premiers, après Avebury et Carnac. Toutefois, la vibration que j’ai ressentie dans le couloir du cairn de Gavrinis (et les dolmens de manière générale) n’est pas, pour moi, de la même nature que celle des pierres levées. C’est clairement une vibration « terre », une fréquence plus basse, en résonance avec nos entrailles (familièrement, elle prend aux tripes) alors que les pierres levées sont sur une fréquence plus élevée, que j’associe à l’air, en résonnance avec le haut du corps (du plexus solaire vers la tête). Evidemment, le symbolisme dolmen-féminin et menhir-masculin est connu, mais pour ce qui concerne Gavrinis, je reconnais que le guide nous a expliqué que l’idole en écusson représentait la « déesse des commencements », ça m’a semblé d’une évidence flagrante : cette énergie féminine primale, symbolisée par les idoles en écusson rayonnantes, vibrantes, de Gavrinis, on peut en ressentir la présence dans la pierre même…

Initiatress into the Land of the Immortals ©Angela Marie Iannone Edelstein

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A propos Caitlín Urksa

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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5 commentaires pour Le Cairn de Gavrinis

  1. seasaidh dit :

    Bonsoir, Morrigan Darkmoon !

    C’est à travers l’Antre de Morrigan de Valiel (que je salue également au passage) que j’ai découvert ce blog. J’aime beaucoup venir par ici, les sujets sont très intéressants et les points de vue inspirés.

    Salutations,

    Sea.

  2. kaledony dit :

    Bonjour, j’aime votre blog!
    puisque vous aimez les sensations megalithiques, je vous propose de visiter les petroglyphes de Nouvelle-Caledonie, je pense que vous ne serez pas déçue!

  3. Gavrinis dit :

    Désormais on peut même visiter le Cairn de chez soi.

  4. robertespierre dit :

    Gavrinis,panne de courant!une chance,une petite lampe,seuls dans le mégalithe,ressenti de puissance,de communion,et,miracle,dans la chambre,un silence complet(je souffre d’acouphènes)mal de tête envolé(suite à avc,j’ai des maux de tête abominables)ce bienfait m’a accompagné un certain temps,j’y trouve des bienfaits aussi au dolmen des Fades (Aude)il y a quelque mystère que nous effleurons,dont nous n’avons pas encore la clé,mais qui sont passionnants et source de recherche et d’espoir.préserver ce patrimoine même si nous ne comprenons pas grand chose,c’est encore un « cordon ombilical » nous reliant à notre Terre Mère

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