Glastonbury… my heart’s land

Je sais que j’en ai déjà parlé ailleurs auparavant, mais je ne peux pas m’en empêcher. Les lieux que je vais décrire ici m’ont tellement marquée que j’ai besoin d’y retourner périodiquement, au moins en images et en mots, faute de pouvoir m’y rendre physiquement. Comme j’aime à le dire, la moitié de mon âme est restée à Avebury, et mon cœur est toujours à Avalon…
Glastonbury, l’ancienne Avalon, est une petite ville du Somerset, en Angleterre, à 50km au sud de Bristol. Avec ses 10.000 habitants, cette ville attire, depuis le début du 20e siècle, nombre de visionnaires, d’occultistes, d’artistes, de musiciens, de guérisseurs, et les ‘alternatifs’ forment aujourd’hui 30% de la population. C’est un centre spirituel multiconfessionnel où se retrouvent Protestants, Catholiques, Spiritualistes, Bouddhistes, Chamans, Prêtresses de la Déesse et bien d’autres esprits libres.
Mais qu’a donc cette ville de si attirant ? Qu’est-ce qui fait que tant de gens s’y rendent en pèlerinage ?

On trouve à l’ouest de Glastonbury, les Somerset Levels, une terre de marécages en grande partie asséchée, pourvue de plusieurs grandes réserves naturelles. Glastonbury se tient sur une île, ou plutôt un isthme, l’Ile d’Avalon, surplombée par le Tor, une colline sacrée. Jusqu’en 1620, où les Levels furent drainés, Avalon était isolée, un endroit à part. Bien avant l’époque chrétienne, Avalon était le foyer d’un collège druidique et elle abritait un des trois chœurs perpétuels d’Angleterre comme le mentionnent les Triades Celtiques (les deux autres étaient sur les îles d’Anglesey et d’Iona).

A Beckery, à l’ouest de Glastonbury, une petite butte (à droite de la photo, devant la colline de Wearyall) dénommée Bride’s Mound est, selon la légende, l’entrée occidentale d’Avalon, où les pèlerins passaient une nuit de veille avant d’entreprendre le chemin processionnel vers Avalon et le Tor. Bride’s Mound semble avoir conservé cette fonction lors de la transition vers la période chrétienne.

Venons-en aux chrétiens, justement. D’après la tradition, en 37 après JC, Joseph d’Arimathie, un Essénien qui avait offert sa tombe à Jésus, vint se réfugier à Glastonbury après la Crucifixion. Il débarqua à Wearyall Hill, où il planta son bâton, qui prit racine et devint un arbre (il y a plusieurs aubépines sacrées à Glastonbury, rejetons de l’arbre de Joseph, les plus célèbres étant à Wearyall Hill -sur la photo- et dans l’Abbaye. Elles fleurissent début Janvier et portent à la fois leurs fruits et leurs fleurs, évoquant ainsi un symbole puissant : la vie et la mort en même temps). Or, les Celtes avaient un dieu nommé Esus qui mourait et revenait à la vie. Quand ils entendirent Joseph parler de Jésus, ils firent le rapprochement avec Esus et offrirent à Joseph une partie d’Ynys Witrin. Joseph et ses 12 compagnons y construisirent la première église chrétienne d’Angleterre. La Chapelle St Mary, le point le plus occidental de l’Abbaye, marque le site de l’église originelle de Joseph.

Parmi les ‘célébrités’ venues à Glastonbury, il est mentionné dans les écrits de William de Malmesbury et de John de Glastonbury que Ste Brigid de Kildare aurait visité Glastonbury en 488, et qu’elle aurait passé du temps à Bride’s Mound, où, selon la tradition,  il y avait un sanctuaire en bois dédié à Marie Madeleine. Deux chapelles de pierre furent par la suite dédiées à Ste Brigid, construites successivement à l’endroit où le sanctuaire de Marie Madeleine se tenait.


Située dans un parc de 15 hectares au coeur de la ville, l’Abbaye de Glastonbury est, d’après la tradition, le premier sanctuaire chrétien de Grande Bretagne. Historiquement, une communauté de moines était déjà établie à Glastonbury lorsque le Roi Ine de Wessex demanda à ce qu’une église en pierre soit construite en 712, dont les fondations forment la partie la plus occidentale de la nef. L’église fut agrandie au Xe siècle par l’Abbé de Glastonbury, St Dunstan, qui devint Archevêque de Canterbury en 960. Lors de la conquête normande en 1066, la richesse de Glastonbury en fit un prix de premier choix. Le nouvel abbé normand, Turstin, fit agrandir l’église, en construisant à l’est de la vieille église saxonne. En 1086, l’Abbaye de Glastonbury était le monastère le plus riche du pays. Au XIIe siècle, la nef fut rénovée afin d’accueillir les messes, tandis qu’était construite la nouvelle grande église.  D’après le chroniqueur Giraldus Cambrensis, en 1191, l’abbé Henry de Sully ordonna des fouilles, et découvrit, à 5 m de profondeur, un tronc creux qui contenait deux squelettes : un homme de grande taille et une femme dont les cheveux blonds étaient intacts jusqu’à ce qu’on les touche. Au-dessus, sous la pierre de couverture, se trouvait une croix de plomb portant l’inscription « Hic jacet sepultus inclitus rex Arthurus in insula Avalonia » (Ci gît le célèbre Roi Arthur enterré sur l’Ile d’Avalon). Les pèlerinages, évidemment, furent relancés par cette découverte et, un siècle plus tard, les ossements furent placés dans des cercueils et transférés dans une tombe de marbre noir au pied du maître autel de la grande église. Ils y restèrent jusqu’à ce que l’Abbaye soit pillée et vandalisée en septembre 1539, pendant la Dissolution des Monastères. 

Le Tor de Glastonbury est une colline en forme de larme qui porte une tour sans toit, la Tour St. Michael. Le mot ‘tor’ est un terme local, d’origine celtique, qui signifie ‘colline conique’. Le Tor a une situation frappante au milieu de la plaine. Avant que les Levels ne soient asséchés, le Tor s’y dressait comme une île. De nos jours, c’est une péninsule entourée sur trois côtés par la rivière Brue.

Le Tor est ancien, l’archéologie moderne et le folklore sont d’accord sur ce point. Des outils de la période néolithiques ont été retrouvés au sommet du Tor, et des traces d’occupation à l’Age Sombre autour de ce qui serait plus tard l’église St. Michael : bases de poteaux, deux foyers incluant une forge, deux tombes orientées nord-sud, des fragments d’amphores et une tête de bronze creuse qui aurait pu couronner un bâton saxon.
Le sommet du Tor fut aplani au Xe ou au XIe siècle pour y bâtir une église de pierre, ce qui a éliminé la plupart des traces archéologiques des périodes antérieures. Auparavant, il y avait apparemment une retraite monacale au sommet du Tor, probablement fondée au milieu du Ve siècle. Au début de XIIe siècle, une chapelle St Michael de Torre fut édifiée. Le 11 Septembre 1275, un tremblement de terre détruisit l’église St. Michael. Une autre église fut construite en 1323, qui survécut jusqu’à la Dissolution des Monastères en 1539. Les ruines de la Tour St. Michael furent restaurées à l’époque moderne.


Un chemin terrassé forme une spirale autour du Tor. Bien qu’il soit aujourd’hui très abîmé, on peut encore le suivre. Des études scientifiques estiment qu’il a pu être tracé il y a 4 ou 5000 ans, à peu près à la même époque que l’édification de Stonehenge. Geoffrey Russell et Geoffrey Ashe ont avancé l’idée que les terrasses du Tor seraient les restes d’un labyrinthe néolithique, un chemin cérémoniel dédié à l’ancienne Déesse britannique.
En tant que structure religieuse comparable à Silbury, le labyrinthe, s’il est confirmé, pourrait avoir une portée dans le débat concernant la religion néolithique centrée sur le culte d’une grande Déesse ou Déesse de la Terre Mère. Il a été noté que le profil des collines de Glastonbury, vues d’un certain angle, évoque une silhouette féminine en train d’accoucher, avec le Tor formant le sein gauche. D’autre part, les représentations anciennes de déesses montrent occasionnellement des lignes concentriques autour ou sur leurs corps.
Quoi qu’il en soit, la théorie avance qu’il y aurait eu à une époque sept chemins encerclant complètement le Tor le long de terrasses continues. L’érosion par le climat, par le piétinement humain et animal, et par les glissements de terrain ont rendu ce schéma difficile à prouver. Pourtant on peut distinguer les terrasses sur sept niveaux différents et, si elles ne sont plus continues, le labyrinthe peut être reconstruit assez aisément. Parfois, il est difficile de voir le chemin quand on est dessus alors qu’on le voit clairement de loin. Parfois une terrasse est presque invisible de loin, mais clairement définie lorsqu’on s’y trouve. En fait, une personne désireuse de suivre le labyrinthe ne se retrouvera quasiment jamais devant la nécessité d’improviser, car il y aura toujours une marque qui lui permettra de continuer. L’examen de ce chemin montre qu’il se termine avant d’arriver au sommet. L’endroit où il disparaît soudain est marqué par une grosse pierre ovale, localement connue sous le nom de pierre-oeuf ou ‘eggstone’. Il n’y a que peu de grosses pierres sur le Tor et d’après leur positionnement, elles semblent être des marqueurs délibérés.

Le schéma en forme de labyrinthe de Crète (ainsi nommé car il apparaît sur des pièces de cette région, mais on le retrouve également sur un vase étrusque du VIIe siècle avant JC, sur un pilier à Pompéi, sur des rochers à Tintagel et en Irlande, et même chez les Indiens Hopi en Amérique), fut créé bien avant que les Druides ne l’utilisent pour leurs rites et leurs cérémonies d’initiation. Les labyrinthes en spirale sont fortement symboliques, leur interprétation la plus courante étant le voyage de l’âme à travers la vie, la mort et la renaissance. Depuis que cette théorie du labyrinthe a été suggérée, plusieurs milliers de personnes ont parcouru le chemin processionnel, ce qui n’est pas une mince affaire puisqu’il faut entre 4 et 6 heures d’efforts physiques et de concentration pour effectuer le parcours.

Ce qui est indéniable, c’est la puissance des éléments sur le Tor. Certains la décrivent comme un tourbillon, un vortex ou un point de rencontre d’énergies dans leurs formes les plus pures et les plus sauvages ; d’autres la décrivent comme un dragon primordial qui se tord, tourne et rugit pour qu’on le libère. Les habitants de Glastonbury parlent de la façon dont ils se sentent parfois obligés d’escalader les pentes du Tor, alors que d’autres fois, ils ne peuvent pas s’en approcher. Des siècles de légendes se sont accumulés autour de ce lieu. A leur façons, toutes ces légendes démontrent une chose : le Tor est un endroit où le voile entre les mondes est mince.


Chalice Hill est une des trois collines qui forment le coeur de Glastonbury. Elle se situe entre la ville et le Tor, cachant la masse de celui-ci lorsqu’on se trouve dans la ville. Cette colline a longtemps été considérée comme la plus sacrée des trois, et nombreux sont ceux qui croient qu’elle constitue la dernière cachette du Graal. Deux des puits les plus anciens d’Angleterre, la ‘Source de Sang’ et la ‘Source Blanche’, comblent les pèlerins, qu’ils soient païens ou chrétiens, de sérénité et de répit. Des allées bordées de lavande et d’autres fleurs vivaces louvoient à flanc de colline à travers le jardin, offrant au visiteur quelques endroits abrités où il peut s’arrêter pour méditer ou rêver.

Chalice Well est un puits sacré qui aurait été bâti par les Druides. Les recherches archéologiques suggèrent qu’il a été utilisé quasiment en continu depuis au moins 2000 ans. Une source riche en fer, qui rend l’eau rouge, jaillit à cet endroit avec un débit de 115.000 litres par jour, et ne s’est jamais tarie, même pendant les périodes de sécheresse. Comme les sources chaudes de Bath, à quelques dizaines de kilomètres, l’eau possèderait des qualités curatives. Au cours d’analyses contemporaines, l’eau s’est révélée être naturellement radioactive. Sa teinte rougeâtre lui a donné son nom de ‘Source de Sang’ (Blood Spring) ; de nos jours, cette teinte est associée au sang du Christ, puisque la mythologie chrétienne suggère que Chalice Well est le site où Joseph d’Arimathie aurait placé le calice ayant recueilli les gouttes de sang du Christ lors de la Crucifixion, reliant ainsi le puits aux spéculations entourant l’existence du Saint Graal.
Si l’on considère le Chalice Well d’un point de vue chrétien, le Saint Graal est à l’origine de l’apparition de la source. Dans ce cas, le sang du Christ mêlé à l’eau amènerait l’illumination et peut-être la résurrection et la vie éternelle.
Si l’on considère le Chalice Well comme étant plus ancien, d’origine pré-chrétienne, alors il est possible que ce puits ait été considéré comme un pont vers l’Autre Monde. Il peut aussi être associé avec la connaissance du ‘chaudron magique’, dans les eaux duquel une personne pouvait revenir à la vie. La croisée des deux mondes, chrétien et pré-chrétien, est représentée par le couvercle du puits, dessiné par l’architecte et archéologue Frederick Bligh Bond en 1919. Les deux cercles entrecroisés constituent le symbole connu sous le nom de Vesica Piscis, qui représente l’entremêlement des principes mâle et femelle, de la lumière et des ténèbres.

A moins de 100m du Chalice Well, une seconde source jaillit, la ‘Source Blanche’ (White Spring). Ses eaux remontent de sous la terre crayeuse du Tor, sont riches en calcium mais, étonnamment, ne comportent aucune trace de fer. Longtemps négligée, sans doute à cause de son faible débit, la Source Blanche a été récemment remise en valeur grâce à une initiative privée. Le bâtiment qui l’abrite, un réservoir bâti à l’époque victorienne, offre un contraste surprenant avec les jardins du Chalice Well. Caverneux et à l’écart, il ressemble à une cathédrale mystérieuse dans laquelle l’eau s’écoule sur les murs, d’une hauteur de 5m.

A propos Caitlín Urksa nic Mhorrigan

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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