Les Cavernes, domaine des Mères Sombres

Le monde souterrain ne se révèle que rarement. Par sa richesse infinie et inviolée, ce domaine mystérieux, obscur et profond, hante l’imagination de l’homme depuis la nuit des temps.

Les cavernes et les grottes étaient les lieux de culte des hommes des temps anciens. Archétype de la matrice maternelle, la caverne figure dans les mythes d’origine de nombreux peuples, pour lesquels elle est souvent le lieu de naissance des dieux et des héros. Les cultes chtoniens y ont lieu, comme celui de Cybèle, dans l’antiquité, que l’on retrouvera au Moyen Age sous les traits des Vierges Noires. Le culte de Mithra était également célébré dans des grottes.

La symbolique de la caverne est double, car elle est le lieu intermédiaire entre la voûte du ciel et les entrailles de la terre, la porte du royaume des ténèbres. Dans la caverne, le temps n’existe plus car le jour et la nuit y sont semblables. Les ténèbres de la caverne s’apparentent à aux ténèbres de la mort, et c’est la raison pour laquelle le passage dans la caverne est au centre de nombreux rites d’initiation. Ce n’est qu’après une mort symbolique que l’adepte peut renaître à l’état d’initié (ou l’enfant à l’état d’adulte), ressortir de la caverne en être nouveau, transfiguré après son long parcours dans le labyrinthe ténébreux. Les Déesses Mères étaient les maîtresses de l’initiation, car outre leur aspect maternel, ce sont des dévoreuses, déesses de vie et de mort à la fois. La Déesse Mère dévoreuse des Celtes, Sheela-na-nig, est sculptée en effigie : tête ronde, yeux globuleux, bouche lunaire, corps chétif, longs bras qui passent derrière les jambes, mains ouvrant les lèvres d’une vulve béante.

Car entrer dans la caverne (ou dans le dolmen, ou dans la crypte), c’est retourner à l’origine, à l’utérus, aux entrailles de la Terre-Mère. L’initiation est une seconde naissance, et pour renaître, il faut mourir symboliquement, être dévoré par la Déesse Mère qui nous dissout, nous réorganise et nous recrée intégralement.

Après l’initiation vient le temps de la résurrection. L’épouse va chercher l’homme-dieu dans la caverne-utérus, car seule une épouse peut arracher un homme à sa mère. Sinon, il n’y a pas d’évolution possible, pas de résurrection, la mère dévore l’enfant et le grain ne germe pas, il meurt à tout jamais. Lorsqu’on observe les statues des vierges noires (qui sont bien loin des vierges du christianisme, puisqu’elles sont liées à des cultes de fécondité), on remarque que l’enfant n’est pas un nouveau-né, mais un jeune homme, ou un homme sans âge, de la taille d’un enfant.

L’enfant représente celui qui, par l’initiation, devient le fils de la vierge noire. Il est noir comme elle parce qu’il a acquis la connaissance des mystères, et il est assis dans son giron parce qu’il sort de ses entrailles. Il est l’humain qui sort de la caverne d’initiation, l’initié qui a été en contact avec le Mystère de la Déesse Sombre, celui qui renaît après avoir été dévoré par Elle et qui, par conséquent, n’est plus spirituellement un enfant.

La caverne est donc clairement le domaine de la Déesse Sombre de l’initiation, la dévoreuse qui nous tranforme. Ce n’est pas un hasard si la culture chrétienne, pour laquelle la seule initiation possible est par les rites du baptême et de la communion, a donné mauvaise réputation aux cavernes, en les nommant « bouches de l’enfer » et en les peuplant de démons. L’Eglise a sorti les vierges noires de leurs cavernes (ou de leurs bosquets, ou de leurs sources) et, quand elle ne les a pas détruites ou repeintes, les a revêtues de manteaux masquant la position dérangeante de « l’enfant ». En ôtant aux vierges noires leur rôle de Déesses Mères dévoreuses, et en les supplantant par des vierges blanches, symboles de l’Immaculée Conception, on affaiblissait considérablement le pouvoir de la sexualité, reléguée au rang de péché. L’humain de l’époque, en se détournant de la magie transformatrice des cavernes, cherchait à affirmer sa suprématie sur l’animal qui sommeillait en lui, à confier son destin à l’intellect plutôt qu’à l’instinct. En oubliant qu’il était né dans les cavernes, façonné dans les entrailles de la Déesse, il a renié le lien charnel avec la Terre-Mère et a cherché à la soumettre au lieu de la respecter.

A propos Caitlín Urksa nic Mhorrigan

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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